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Deux ex-gendarmes soupçonnés d’avoir enquêté illégalement sur des dizaines de candidats à l’embauche dans deux parcs d’attractions, Disneyland Paris et Astérix, pourraient passer la nuit en prison. Les victimes présumées veulent porter plainte. .

LE PARQUET de Meaux (Seine-et-Marne) a requis, hier, le placement sous mandat de dépôt dans le cadre d’une information judiciaire pour « corruption » et « violation de secret professionnel » de deux anciens gendarmes – un commandant et un capitaine – reconvertis dans les enquêtes privées. Tous deux sont soupçonnés d’avoir sollicité un gendarme du Centre technique de la gendarmerie nationale de Rosny-sous-Bois (Seine-Saint-Denis) pour effectuer des milliers de consultations illicites des fichiers de police (Stic) et gendarmerie (Judex). Des opérations effectuées pour le compte des parcs Disneyland Paris et Astérix, qui pouvaient ainsi sélectionner les candidats à l’embauche en fonction d’éventuels antécédents judiciaires (voir nos éditions d’hier).
Au moins 2 500 passages au fichier ont ainsi été identifiés dans le cadre de l’enquête conjointe, menée par la police judiciaire de Meaux et la mission d’inspection technique de la gendarmerie, l’équivalent de la police des polices. Un premier officier en retraite avait constitué un cabinet de détectives avant de sous-traiter – face à la charge de travail – une partie des dossiers à l’un de ses collègues, qui a ouvert sa société en 1999, le lendemain de sa mise à la retraite ! Au total, ces activités ont rapporté plusieurs centaines de milliers d’euros aux deux ex-militaires. De l’emploi de femme de ménage à celui de comptable en passant par les « personnages » de la revue Disney, tous les postulants étaient ainsi « criblés » de manière illégale. Ce procédé – démarré en 1998 – a perduré jusqu’en décembre 2004, date à laquelle le comité de direction de Disney a été informé de ces pratiques et a décidé d’y mettre fin. Le parc d’attractions a alors dénoncé les faits au parquet, craignant d’éventuelles poursuites.

« Je pense que mon implication politique et militante a été l’ingrédient de ce refus »

Une fois le passage au fichier effectué, les ex-gendarmes – dont l’un était le supérieur hiérarchique du gendarme de Rosny-sous-Bois – expédiaient un compte rendu sous forme codée, permettant aux employeurs de savoir si un candidat avait été condamné ou était apparu dans une enquête de police. Reste une question : le service chargé de traiter ces dossiers pouvait-il ignorer que ces informations n’auraient jamais dû sortir des ordinateurs de la gendarmerie ? D’ores et déjà, certains « recalés », susceptibles de se constituer partie civile, se mobilisent. Farid *, 35 ans, pensant avoir été victime de ces pratiques, est décidé à demander des comptes à la direction de Disney. En mai 2004, ce commercial avait postulé pour un emploi d’assistant manager. « Un mois plus tard, je recevais un avis défavorable, et je pense, aujourd’hui, que mon implication politique et militante a été l’ingrédient de ce refus. Cela entraîne un présupposé terrible : un militant associatif ou un postulant qui a fait l’erreur de voler un autoradio, quand il était môme, est condamné à ne pas être embauché. » Farid devrait bientôt lancer un blog pour collecter des témoignages. Les syndicats, eux, ne décolèrent pas. « Je suis stupéfait, s’exclame Noël Barbier, secrétaire de la CFTC-Disney. Cette histoire est incroyable et nous n’avions jamais entendu parler de ces enquêtes parallèles. Je ne suis toutefois pas si étonné, constatant le climat de délation qui règne dans l’entreprise. » Pierre BROSSARD, délégué CFDT, renchérit : « C’est proprement scandaleux et nous allons interpeller l’employeur très bientôt. »

* Son prénom a été modifié.

Christophe Dubois (avec Julie Cloris)

Le Parisien , jeudi 18 mai 2006

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